Héros imparfaits et réalistes : ces mal-aimés

À force de lecture, on se rend bien compte qu’il existe deux genres de héros :
– Les héros idéalistes et sans défauts
– Les héros imparfaits et réalistes

Alors, vous allez me dire que la première catégorie n’existe pas, ni dans la vraie vie ni dans les romans, et pourtant c’est le cas, à quelques nuances près évidemment…

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Prenons quelques exemples simples :
(je vais souvent parler de filles du fait que je m’identifie davantage à elles)

En romance, parlons de Sydney du livre Maybe Someday de Colleen Hoover :
Quels sont ses défauts ?
• Le fait qu’elle tombe amoureuse de Rich ? Elle n’y peut pas vraiment grand chose.
• Elle manque de chance ? Encore une fois, difficilement reproché.
• Sa vie est assez banale ? Soit ! Ça n’est pas un défaut pour autant.
Je peux même ajouter que Ridge, personnage encore plus attachant que Sydney, n’a lui aussi pas (ou trop peu) de défauts, qui en fait n’en sont pas vraiment….

En science-fiction Young Adult, évoquons : Kady dans Illuminae de Jay Kristoff et Amie Kaufman :
Kady, héroïne impressionnante, intelligente et déterminé avec des blessures à vif, asociale de nature, ne se confie pas et parfois orgueilleuse.
Avec elle, on arrive dans les nuances du premier genre : elle a des défauts certes, mais ils passent vite à la trappe.
Pourquoi ?
• Elle communique peu avec les autres et préfère s’isoler : et bien c’est justement ce qui en devient sa force… C’est une geek grâce à ça.
• D’où sa confiance parfois trop importante en elle sur le sujet, ce qui peut la mettre en danger, mais qui l’avantage surtout.
Ça vaut d’ailleurs pour tous les personnages principaux d’Illuminae : Ezra un peu peureux, mais courageux ; Hanna fille à papa, mais redoutable ; Nik petit malfrat, mais qui a surtout un grand cœur.

À bien y regarder, 75 % des héros présents dans nos lectures sont de cette catégorie : ils n’ont pas ou peu de défauts et ce sont finalement leurs forces. Logique me direz-vous, il faut bien un-happy end.

Et clairement, ça marche !

Il suffit de bien regarder : ces personnages sont les plus aimés de la littérature, car leur comportement et leurs défauts sont tous excusables, justifiés dans la plupart des cas, notamment par une blessure passée.

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Mais revenons-en à ses héros du deuxième genre qui sont bien plus imparfaits et réalistes.
Leur cas est assez particulier puisqu’ils sont aussi différents les uns que les autres.
Une chose est sûre, leur comportement, bien que compréhensible, n’est pas toujours accepté. J’irai même jusqu’à dire que ce sont des héros souvent détestés, ou au moins mal-aimés

Prenons trois sagas qui ont eu beaucoup de succès :

Harry Potter avec le personnage de Harry Potter (qui n’est pas un de mes préférés) :
Pourquoi n’est-il pas toujours aimé à sa juste valeur ?
• Son tort : être l’élu, sans n’avoir rien demandé à personne, être orphelin, pas aimé de sa tante et de son oncle, se mettre dans des situations rocambolesques, se faire aider de ses amis sans qui il ne serait rien et récolter les honneurs parce qu’il est l’élu, le sauveur, le seul qui peut tuer Voldemort.
• En vérité, Harry Potter n’a pas vraiment de défauts, mais les lecteurs vont lui en trouver des centaines… Parce que bon, pourquoi c’est lui le héros est pas Hermione ou Ron, Neville ou Luna ? Et pourquoi les livres ne s’appelle pas « Les héros de Poudlard » – fin des titres des sept tomes (bon OK c’est moche) ? Mais c’est un fait, Harry Potter est loin d’être le héros préféré de tous les fans de la saga.

Hunger Games avec le personnage Katniss (un de mes personnages préférés) :
Pourquoi n’est-elle pas toujours aimée à sa juste valeur ?
• Son tort : encore une fois, être l’héroïne alors qu’elle n’a rien demandé (ah si, elle s’est désignée à la place de sa sœur par amour…) Katniss se plaint tout le temps, ne rêve que de retourner à sa vie tranquille, les laisser mener leur révolte seuls et s’isoler.
Elle donne son attention à Peeta qui lui, soit lui voue un véritable culte soit lui attire des ennuis, plutôt que Gale qui passe trop souvent au second plan alors que c’est un homme beau, fort, prêt à se battre coûte que coûte…
Et encore une fois, elle passe son temps à se plaindre, d’abord d’avoir ce qu’elle ne veut pas (l’attention, la considération…) puis de ne plus avoir ces privilèges, qu’on lui dise pas tout.
• Bah oui, après tout, pourquoi n’accepte-t-elle pas son sort sans broncher comme la majorité des héroïnes ? Pourquoi préfère-t-elle une vie lambda à une vie mouvementée de symbole de la rébellion ? Et d’ailleurs, pourquoi Suzanne Collins a-t-elle rendu si populaire le triangle amoureux que l’on ne supporte plus ?

Divergente avec le personnage de Tris (que je déteste, qui m’horripile avouons-le) :
• Son tort : être divergentes ! Oui, elle commet plein d’erreurs, se met constamment dans la panade, mais en danger de mort ses alliés, fait trop ou pas assez confiance aux autres, assume trop tard ses actes, veut prendre toutes les décisions et régler tous les problèmes de la terre entière.
• Mais oui, après tout, pourquoi n’est-elle pas parfaite ? Pourquoi accepte-t-elle de s’entourer de ses amis si c’est pour les mettre en danger et ne pas toujours être d’accord avec eux ? Et puis pourquoi se croit être si différente des autres, d’ailleurs ?
(Au passage, elle paraît bien terne la petite Tris à côté de Quatre qui lui, peut se vanter de faire de ses blessures passées une force !)

Tout ça pour dire que ces personnages, qui sont loin de faire l’unanimité (qui sont d’ailleurs aussi souvent adorés que détestés) ont tous les torts du monde parce qu’ils sont imparfaits et donc réalistes, parce qu’Harry Potter n’est pas le véritable héros, Katniss est une pleurnicharde égoïste et Tris est une divergente.

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C’est finalement du 50/50.

Ce raisonnement m’a d’ailleurs beaucoup marqué avec deux livres en particulier :
Ma raison de respirer, le troisième tome de la saga de Rebecca Donovan où, au début du livre (sans spoilers ne vous inquiétez pas), Emma est désinhibée, presque un corps sans âme, qui veux juste profiter de la vie sans penser à tous les drames qu’elle a vécu.
Bah oui, Evan est parfait (oui oui, c’est même un de mes BBF préférés) alors pourquoi Emma ne le serait-t-elle pas ? Pourquoi n’agirait-elle pas comme des milliers d’universitaires ?
Et pourquoi pas ?
Tuto n°1 : Embrasser comme une déesse où l’héroïne s’en prend plein la tronche par Brianna R. Shrum parce que bon, comme toute lycéenne qui se respecte (huhu ^^), elle ne cherche pas la popularité, à aller à des fêtes, être la copine du mec super bien vu et à coucher avec, mais qui va rogner toutes ses convictions de matheuse émérite quand ça va lui tomber dessus.
Trop barbant cette réalité ?
Au contraire !

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Tout d’abord, ça ne fait pas vendre !

• Pourquoi ?
Parce que nous les lecteurs, nous aimons nous évader dans nos lectures, rêver et imaginer qu’un jour nous aussi on fera de grandes choses.
Nous lisons pour le plaisir et quoi de pire que de se bouffer une histoire où les personnages sont réalistes, tout plein de défauts, comme dans la vraie vie, et pas juste bourrés de bons sentiments avec, s’il vous plaît, des blessures provenant de leur passé qui sont désormais une force.

• Qui a envie de lire un livre où l’héroïne ou le héros nous agace à chaque chapitre parce qu’il commet encore et encore et encore des erreurs ?

Héros imparfaits et réalistes

Et en y réfléchissant bien, nous sommes tous attirés par ces personnages idéalistes, avec peu ou pas de défauts, car ils nous sortent de la réalité quotidienne.

Bien sûr, tout cela reste subjectif (cf mes avis sur les trois personnages de la deuxième catégorie), mais ne nous a-t-on pas conditionné, aidé à penser comme ça ?

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3 Comments

  1. Je trouve l'article super intéressant ! Je n'y avais jamais vraiment réfléchi (même si les héros trop parfaits me gonflent un peu s'ils sont trop clichés, surtout en romance, donc) mais c'est vrai oo Je pense qu'au-delà du côté "envie de rêver", on aime nous-même s'imaginer en héros "parfait" parfois, chose impossible dans la réalité. (Tout est relatif après, ma perfection se trouve dans les imperfections des gens donc bon xD)
    Du coup tu me fais repenser à toutes mes lectures, je ne vais plus les voir de la même manière lol

  2. Très bon article qui fait réfléchir.
    Je me dis que j'aime peu être certain contemporain pour la raison qu'il nous montre des personnages un peu réel.
    Fait étonnant ^^ j'adore deux des trois personnages présenté comme réel.
    Et je n'aime pas Kady présenté dans la première catégorie. Pour Maybe Someday je verrai bien alors !
    Mais vraiment j'ai bien aimé cet article !

  3. Article très intéressant ! :)
    Tu vois, je crois que je suis 50/50 parce que mon personnage préféré comme tu dois commencer à le savoir est Remus Lupin qui est loin d'être parfait et a des défauts. Le deuxième c'est Elias d'Une braise sous la cendre qui lui est parfait. C'est bien les personnages parfaits, ça permet de rêver mais le mieux, c'est des personnages imparfaits avec un peu de relief, ça permet de réfléchir sur nous, nos actes et de s'identifier aux personnages.
    Au cinéma, mes personnages préférés sont Bridget Jones, Jack Sparrow, Regina et Crochet dans Once Upon A Time et tout ceux là sont imparfaits et franchement géniaux ^^.

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